Sunday, December 5, 2010

LE DORMEUR DU VAL

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud
octobre 1870


THE SLEEPER IN THE VALLEY

It's a hollow of green where sings a river,
Catching madly on grasses are scraps
of silver; where the sun, from the proud mountain,
Lights: it is a small valley lathered in rays.

A young soldier, mouth open, head bare,
and his neck bathed in the freshness of blue cress,
Sleeps; he is stretched out on the grass, beneath the sky,
Pale in his green bed where the light rains.

His feet are gladiolus, he sleeps. Smiling like
A sick child would smile, napping:
Nature, cradle him warmly, he is cold.

Scents do no thrill his nostrils.
He sleeps in the sun, hand on his chest,
Quiet. He has two red hollows in his right side.

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